Enfin le PNACC3 / Les points de bascules négatifs plus crédibles aujourd’hui que les tipping points positifs
Vu dans NOVETHIC: Après des mois de retard, le gouvernement a finalement dévoilé les grandes lignes du PNACC3, le très attendu plan d’adaptation au changement climatique. Au programme : 51 mesures pour adapter la France à un scénario de +4°C de réchauffement climatique, qui doivent être discutées avec les parties prenantes dans les prochaines semaines.
Après des mois de retards et de tergiversations, le troisième Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC3) revient enfin dans le débat public. Le gouvernement a en effet rendu public ce 25 octobre les contours de ce futur plan, au sujet duquel il ouvre une consultation publique pour les deux prochains mois. Objectif : définir pour la France une stratégie permettant de s’adapter à un réchauffement climatique de 4 degrés en 2100, soit le scénario attendu si la tendance actuelle se poursuit.
“Les risques climatiques sont réels et nous devons ouvrir les yeux et le regarder en face”, a déclaré le Premier ministre Michel Barnier en conférence de presse, alors qu’il dévoilait les grandes lignes du PNACC 3, qui comporte une cinquantaine de mesures. Parmi elles, plusieurs visent à mieux anticiper et gérer la hausse des catastrophes et des risques naturels, avec notamment la publication, d’ici 2027, d’une cartographie détaillée des expositions aux risques naturels en France, pour mieux identifier les zones et les populations vulnérables.
Pour faire face aux risques naturels et climatiques, le PNACC prévoit également des mesures pour inciter les assureurs à maintenir leurs offres abordables et disponibles sur tout le territoire, ainsi que la création d’un “observatoire de l’assurance des risques climatiques pour renforcer la transparence sur l’évolution des pratiques assurantielles au niveau national”. Un enjeu particulièrement crucial alors qu’une partie de la France est déjà inassurable à cause de la recrudescence des risques climatiques. Et face à des risques climatiques dont les coûts ne cessent d’augmenter, le fonds Barnier, qui permet l’indemnisation des victimes de catastrophes naturelles, devrait également être renforcé à partir de 2025 pour permettre une meilleure prise en charge, notamment lors d’événements comme les inondations extrêmes qui ont frappé le centre du pays ces dernières semaines.
Préparer l’économie et la société à un monde à +4 degrés
Le Premier Ministre a également annoncé sa volonté, à travers le PNACC3, de préparer les différents secteurs économiques, les infrastructures et les services publics à un monde de plus en plus chaud et de plus en plus affecté par les événements climatiques extrêmes. Le plan prévoit ainsi le déploiement d’études de vulnérabilité pour le secteur des transports, mais aussi pour les entreprises et institutions gérant des infrastructures d’importance vitale pour le pays, comme l’énergie ou les communications.
Le système agricole, largement perturbé ces dernières années par les événements climatiques extrêmes, sera également particulièrement surveillé pour mettre en place des mesures d’identification des risques et d’adaptation. Une grande étude devrait également être menée sur la vulnérabilité du système de santé, déjà en difficultés face au réchauffement climatique et à des canicules qui se répètent. D’autre part, le plan prévoit de renforcer les mesures de prévention que les employeurs doivent mettre en place lors des périodes de forte chaleur, des dispositifs qui devraient toucher notamment les métiers les plus exposés comme ceux de la construction et du bâtiment.
“Pour cette adaptation, il faut aussi que l’on expérimente dans les territoires, en fonction de leurs spécificités, en accord avec les élus et les collectivités”, a également expliqué Michel Barnier. C’est notamment le cas en matière d’évaluation des risques d’inondation, ou d’aménagements liés au retrait du trait de côte, pour lesquels le PNACC prévoit la mise en place de projets pilotes dans les territoires. Le plan accorde notamment une importance particulière aux territoires d’Outre-Mer, particulièrement vulnérables, pour y identifier les risques et les leviers d’adaptation les plus adaptés.
“Un énième objet de communication” ?
Les acteurs académiques et associatifs, qui réclamaient depuis des mois la publication de ce PNACC essentiel pour accélérer la mise en œuvre des mesures d’adaptation climatique, ont accueilli la nouvelle avec retenue. “Ce troisième Plan national d’adaptation du changement climatique ne doit pas être un énième objet de communication qui cache le désengagement de l’Etat” mettait ainsi en garde par communiqué Quentin Ghesquière, chargé de campagne inégalités climatiques à Oxfam France, rappelant que ce plan devrait être “opposable et contraignant, évaluable et financé”. Les associations craignent notamment que les coupes budgétaires annoncées dans le cadre du Projet de Loi de Finances 2025, qui frappent notamment les collectivités, les services publics et le monde associatif, freinent le déploiement de la transition et de l’adaptation climatique.
Sur la question du financement justement, la version préliminaire du plan ne comporte qu’une seule mesure, invitant à “mieux prendre en compte l’adaptation au changement climatique dans les financements publics”. “L’Etat doit montrer l’exemple en ne finançant plus des investissements qui ne sont pas ou mal adaptés” a ainsi déclaré Michel Barnier. Un engagement probablement insuffisant alors que, comme le rappelait une récente étude de l’Institut pour l’économie climatique (I4CE), les besoins d’investissements en matière d’adaptation climatique se chiffrent en milliards.
La consultation qui s’ouvre avec les parties prenantes de la société civile jusqu’au 27 décembre, sera l’occasion pour les associations et les acteurs de la lutte contre le changement climatique de faire leurs propositions pour que des mesures d’adaptation ambitieuses soient mises en place en France. Une urgence, comme le rappelaient il y a quelques semaines le rapport annuel du Haut Conseil pour le Climat, ainsi qu’un rapport inédit d’Oxfam, qui dénonçaient tous deux les retards accumulés par la France sur l’adaptation au changement climatique. En parallèle de ces mesures d’adaptation, le Réseau Action Climat a tenu à rappeler sur les réseaux sociaux que les trajectoires d’émissions mondiales mèneraient la France à un réchauffement climatique incontrôlable. “On ne pourra pas s’adapter à un monde si chaud : il est plus que jamais urgent de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre”, alerte l’association. ■